J'avais 10 ans. Mon père était malade. Nous étions convoqués par les édiles. Les officiels bardés de tricolore, les généraux, un micro. Dans le grand jardin où je cueillais d'autres fois de la couronne de mariée, une jolie spirée blanche. Ma mère, mon petit frère et moi étions en contrebas du jardin dans "le grand bassin", retenue d'eau devenue stade de foot, nous écoutions près d'un but, adossés à l' un des montants. Ma mère s'est sentie mal. Trop de monde, trop chaud, elle nous a pris par la main, emmenés plus loin. Quelques minutes plus tard, une forte explosion. Une grenade a explosé pas loin de l'endroit où nous étions juste avant. Des corps, du sang, la peur, mon père dans la rue nous cherchait, tenant à peine sur ses jambes. Des chrétiens, des juifs, des musulmans. Les barbares ne font pas le tri, ça les fait marrer.
Le Général  de Gaulle ne viendra pas jusqu'ici.
Tlemcen 1958

la nuit n'est jamais complète.
La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

 
Paul Éluard.
 
13 Novembre 2015
 
la nuit n'est jamais complète.
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