… Au jardin le système du temps fatigué ou perdu s’effondre de lui-même, il n’a tout simplement aucune raison d’être.

La  thérapie naturelle du jardinage vient du temps suspendu, celui qu’on ne maîtrise pas, mais  qui d’une certaine façon nous tient debout. Lorsqu’on met une graine en terre, c’est un devenir qui s’annonce. Le passé s’efface, la nostalgie au jardin n’a pas cours. Le jardin est un lieu privilégié du futur, un territoire mental d’espérance.

 

Alors j’invite les oisifs, les prétendus inutiles, les lents, les accidentés de la vitesse, à venir construire leur projet de demain. Nous avons besoin de leur résistance à l’immédiate réponse, nous avons besoin de leur capacité à s’étonner, à prendre le temps, et à le laisser suivre son cours.

 

Ensemble nous pourrons nous attarder à la simplicité d’une fleur, son éclat dans la lumière, cette annonce d’un fruit, une aventure promise, une graine, une invention forcément.

 

Nous pourrons en faire le dessin, et peut-être lui donner un paysage.

Nous pourrons même lui donner un nom.

Alors elle existera.

 

Gilles Clément

Collège de France  le 1er décembre 2011

 

écouter l'intégralité de son intervention

 

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